La vie rythmée par les saisons de Nicolas Vanier

Aventurier, écrivain, réalisateur, Nicolas Vanier est sur tous les fronts avec, pour leitmotiv, son émerveillement sans cesse renouvelé pour la nature. Il revient cet automne avec une actualité chargée, proposant une encyclopédie de la nature pour toute la famille et entamant, sur cette terre de Sologne qui lui tient tant à cœur, le tournage d’un nouveau long-métrage, « L’École buissonnière ». Le film rassemble, entre autres interprètes, François Cluzet, Valérie Karsenti et François Berléand. Échanges avec un homme conscient de la fragilité de notre environnement et appelant à une révolution écologique.

Origine Sologne. À brûle-pourpoint, pouvez-vous évoquer pour nous l’origine de votre attachement à la Sologne ?
Nicolas Vanier. L’un de mes grands-pères, issu d’un milieu modeste, était originaire du Jura. À l’époque, il n’était pas évident pour les familles rurales d’inciter leurs enfants à étudier. La principale raison invoquée était l’aide qu’apportaient les enfants aux tâches et aux travaux domestiques. Mon grand-père a su tenir tête et persévérer dans ses choix et ses aspirations. Ainsi, de longues études l’ont conduit à devenir chirurgien, un bel exemple de réussite sociale ! À la fin de sa carrière dans le corps médical, il est revenu aux sources en décidant d’exploiter la terre. C’est alors qu’il s’est établi en Sologne. Son domaine a compté jusqu’à 300 moutons.

OS. Et le jeune Nicolas Vanier ?
NV. J’ai véritablement grandi sur cette terre. J’y ai ainsi passé toutes mes vacances. Ce territoire, lorsque j’étais enfant, me paraissait immense. J’avais déjà l’impression d’être un aventurier lorsque j’allais en forêt observer les animaux. Ma vocation est en quelque sorte née ici, au cœur de ces bois, de ces plaines et de ces étangs. C’est encore ici que ma vie s’est le plus naturellement du monde retrouvée rythmée par les saisons. Par la suite, j’ai été pensionnaire au lycée agricole du Chesnoy, près de Montargis. Mon idée était alors de reprendre le domaine. Mon grand-père étant malade, dès mes 17 ans, j’ai décidé de le rejoindre dans son exploitation afin de l’aider.

OS. Quels sont vos souvenirs de ces jeunes années ?
NV. Comme je vous l’ai dit, il y avait cette impression, cette sensation déjà de grands espaces. Et puis, il y avait cet émerveillement pour cette biodiversité si riche. Je pouvais rester des heures au bord d’un étang à observer. Mes souvenirs sont indissociables de ce lien qui s’est tissé entre la nature et moi, dans cet environnement quasiment idéal.

OS. La Sologne, comme tous les territoires, a changé et continue d’évoluer…
NV. La Sologne naturelle demeure l’un des plus beaux territoires de France. Mais il a été quelque peu dénaturé par le milieu de la chasse, enfin par une certaine forme de ce monde de la cynégétique. Soyons clair, il est pour moi naturel que l’homme chasse, pêche ou encore prélève du bois. Le problème vient davantage de ces grandes propriétés qui, avec leurs clôtures systématiques, font du territoire solognot un labyrinthe où les animaux ne peuvent plus circuler librement. Il en résulte des risques de consanguinité avérés, auxquels s’ajoute l’explosion du nombre de lâchers de gibier d’élevage qui pollue les souches naturelles d’animaux.

Fort heureusement, il est encore temps de faire évoluer les mentalités. On assiste d’ailleurs aujourd’hui à une prise de conscience. Après s’être coupé de la nature, l’homme est dans une nouvelle approche et s’inscrit dans une nouvelle dynamique. Une fois par an, je réunis les propriétaires du voisinage.  Le but est d’échanger, de dialoguer sur l’évolution de nos domaines. Nous établissons un constat et pouvons nous entendre sur des mesures communes pour la bonne gestion du territoire dans son ensemble.


A lire dans Origine Sologne n°8 [Décembre 2016]