Les 4 vies du château de Fougères-sur-Bièvre

Une imposante tour maîtresse rectangulaire, une autre circulaire coiffée d’un toit en poivrière, un chemin de ronde agrémenté de mâchicoulis et les engravures des fléaux d’un pont-levis aujourd’hui disparu, le décor médiéval est planté. Pourtant, ici, à dix minutes à vol d’oiseau de Cheverny, pas de point haut stratégique ou de tertre artificiel d’où surveiller la campagne environnante, mais en revanche une belle plaine, et des proportions d’échelles somme toute étranges pour ce qui s’apparente en définitif davantage à une résidence secondaire qu’à une forteresse féodale.

Reportage Laurent Dubois

©  Laurent Dubois

L’affirmation d’un statut social…

Comme le souligne l’historien Christian Corvisier, il n’existe aucun fondement archéologique à l’existence dès l’An Mil d’une place forte, de quelle que nature qu’elle soit, sur le site de Fougères. Par contre, en 1391, un Renaud de Faverois fait hommage au seigneur de Montrichard pour son ostel de Fougères. Il s’agissait alors vraisemblablement d’un gros logis rural.

En 1470, Pierre de Refuge, alors général des finances, obtient du roi Louis XI le droit de fortifier ses possessions de Fougères. S’inspirant des canons architecturaux de son époque, il entreprend l’édification d’un « château fort tout en façade », qui sera le symbole de sa puissance et de son pouvoir, dans une région parfaitement en paix.

Les murs sont montés en blocage enduit, technique moins coûteuse mais également de qualité plus ordinaire que la pierre de taille. Ce qui frappe d’emblée le visiteur, ce sont les proportions, en particulier la porte à pont-levis. Ainsi, difficile d’imaginer une charrette et encore moins un cavalier monté la franchir ! Autre point à souligner, les mâchicoulis et autres archères-canonnières adaptées aux couleuvrines, qui simulent des défenses militaires mais n’en ont que l’apparence.

©  Laurent Dubois

L’influence de la Renaissance…

Un petit neveu, Jean de Villebresme, hérite du domaine en 1510. C’est lui qui va donner au site sa physionomie actuelle. En effet, la cour est enfin fermée avec la galerie à arcades. De même, une chapelle attenante au corps de salles, qui semble correspondre peu ou prou à l’ostel primitif, est consacrée. Son architecture est dépouillée à l’extrême. Les portes gothiques de ce même corps de salles sont richement décorées. Des aménagements significatifs sont réalisés avec la galerie-coursive qui couvre notamment le chemin de ronde entre les deux tours. Enfin, la grande vis qui dessert le grand et le petit corps de logis, se voit parée de fenêtres dans le pur style Renaissance, richement sculptées.

La révolution… industrielle !

Le château va très certainement échapper aux affres de la période révolutionnaire grâce à René Lambot qui achète le site en mars 1789. Ainsi, une filature est installée dans le corps de salles. Cette filature sera la seconde du Loir-et-Cher, après celle de Romorantin.

Pour alimenter la roue à aubes installée dans la chapelle, le cours principal de la Bièvre, affluent du Beuvron qui rejoint la Loire, est dévié et un bras de la rivière passe sous une partie du château. Cette roue actionne une turbine hydraulique indispensable pour activer les machines. Les métiers à tisser sont montés dans la grande salle basse. Un bâtiment annexe accueillant une chaudière à vapeur sera édifié en 1836. L’activité sera maintenue de janvier 1813 à 1901. Outre l’activité industrielle, la vénérable bâtisse loge les ouvriers et leurs familles.

A l’heure des Monuments Nationaux…

Si le domaine est classé monument historique dès 1862, il perd cette classification du fait du lobbying de son propriétaire, qui ne peut assurer les travaux de restauration, en 1888. En 1912, toutes les activités économiques ont cessé. Le château est de nouveau classé. Il faut attendre le krach boursier de 1929 pour qu’il soit mis en vente. Il est alors dans un état de délabrement avancé. En 1926, un pignon s’est même écroulé sur le bâtiment de la chaudière à vapeur… L’Etat s’en porte donc acquéreur en 1932.

Pendant la Seconde guerre mondiale, il sert de dépôt pour des musées dont Le Louvre, mais également pour les vitraux de la cathédrale de Chartres.

La restauration menée dès 1934  va essentiellement porter sur la correction des aménagements directement liés à l’activité de la filature.

Il y aurait encore beaucoup à écrire sur ce château, avec sa charpente à 80 % d’origine, dont la charpente en carène de bateau inversé de la galerie haute fermée, mais également son jardin d’inspiration médiévale. Primé pour la qualité de son accueil du public, il est également référencé dans les châteaux de la Loire de l’Institut Culturel de Google, permettant une visite virtuelle du site selon le principe de Street View.

Le château de Fougères-sur-Bièvre a, au cours de la décennie écoulée, servi de décor au 7ème Art à plusieurs  reprises. En 2006, il accueille ainsi le tournage du long métrage d’Eric Rohmer, Les amours d’Astrée et de Céladon. Les lits à baldaquins utilisés dans le film sont toujours en place et encore visibles dans une chambre du petit logis…

Pour son téléfilm Le Roi, l’Ecureuil et la Couleuvre, en 2010, avec les acteurs Lorànt Deutsch et Thierry Frémont, Laurent Heynemann installe ses caméras dans le château. Le sujet est ici la rivalité entre Nicolas Fouquet et Jean-Baptiste Colbert, les ministres de Louis XIV…

Quelques dates

1391 : première mention de l’existence d’un manoir seigneurial

1470-1480 : Pierre de Refuge fait construire le corps d’entrée du château fortifié

1520 : transformations par Jean de Villebresme : chapelle, galerie sur cour…

1813 – 1901 : activité de la filature

1932 : dans le giron de l’Etat : sauvegarde et mise en valeur

Château de Fougères-sur-Bièvre (Loir-et-Cher)

02 54 20 27 18