La chasse, le vrai plaisir du chien

9h30, un samedi de novembre en forêt de Cheverny. Carrefour de Vibraye. Les chiens, tatoués d’un grand « V » à l’effigie de leur propriétaire, aboient. L’excitation de la meute est à son comble. Bientôt ils seront lâchés pour une nouvelle partie de chasse à travers la Sologne, sur plus de 2000 ha semi-fermés. Les valets de limiers, qui ont fait le bois au lever du jour pour observer la présence des animaux, sont au rapport. Daguet, le 1er piqueux, alias Stéphane Genin, a fait son choix et sonne le départ pour Ferrand, au milieu de la forêt, dans une enceinte très fourrée. « Chasser est un vrai plaisir pour le chien et attraper un cerf c’est leur raison d’être. S’ils ne chassent pas, leur moral peut chuter », explique celui qui est à la tête de 55 Anglo-Français et Français tricolores aujourd’hui. « Mais une chasse, c’est jamais gagné ! »

Ruse contre nez

Et ce samedi matin, qui du chien ou du cerf aura raison de l’autre ? « Une meute ne chasse qu’un seul animal et ce sont les chiens qui choisissent par instinct celui qu’ils vont traquer, le plus faible – un animal boîteux ou le plus vieux –, et n’auront pas le droit d’en chasser un autre. La chasse à courre, c’est un rapport de force où le chien doit épuiser l’animal traqué et où le cerf doit faire tomber le moral du chien ». Et c’est parti ! Six heures durant, les chiens vont renifler l’odeur de leur cible…, courir vaillamment en équipe la plus soudée possible…, renifler encore…, aller-venir…, sauter ronces et talus auprès de Stéphane, qui, à cheval, n’aura de cesse de crier pour les encourager. « Encourager les chiens « leaders » qui entraînent les autres dans leur choix, et les jeunes chiens, reconnaissables à leur collier rouge et dont c’est la première année de chasse. Ceux-là se forment sur le tas au contact des plus expérimentés ». Une meute que complèteront, si besoin, six chiens de relais, « des vieux chiens mais qui ont du métier ! Frais, il donneront un dernier coup de rein pour tirer les autres ».Car si l’on pense, à tort, que le nombre ne peut que l’emporter, c’est sans compter sur les défenses et les ruses dont joue le cervidé avec sa connaissance sans commune mesure du terrain : envoyer des jeunes à sa place pour qu’il se défile dans une autre direction, se frotter et diffuser son odeur à d’autres de sa harde pour tromper les chiens, ou encore trouver une porte pour sortir de la propriété qui mettrait fin immédiatement à la chasse. Autant de subterfuges qui confondront les chiens pendant des heures et des heures… « Une chasse, on sait quand ça commence mais jamais quand ça finit ! C’est pour cela qu’il nous faut des athlètes ! ».