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Gérard Bardon, savoir d’où vient cette terre qui colle à nos pieds…

Gérard Bardon : "Savoir d’où vient cette terre qui colle à nos pieds…"

Alors que se profile pour lui la perspective d’une retraite méritée, Gérard Bardon, cette figure du journalisme et de l’édition enracinés, revient pour nous sur une vie professionnelle consacrée aux territoires charnels. Mais que le lecteur se rassure, il ne s’agit pas d’enterrer ici et avant l’heure celui qui signe encore le billet d’humeur du Petit Solognot. Car en effet, cet « humaniste réac » est bel et bien vivant ! Échanges…

Origine Sologne : Vous êtes depuis une trentaine d’années revenu définitivement vous installer sur la terre d’une partie de vos aïeux, mais pour vous, tout a débuté en région parisienne.

Gérard Bardon : Effectivement. Mon père, originaire de Cormeray, aux marches septentrionales de la Sologne, travaillait chez Thomson, dans le « Neuf-trois », comme on dit aujourd’hui… En Seine-Saint-Denis, si vous préférez ! Nous habitions alors Bondy, dans un pavillon entouré de champs. J’y suis retourné mais le béton et les constructions ont tout remplacé. La plupart de ma famille était quant à elle installée entre Villefranche-sur-Cher et Romorantin. Nous revenions souvent dans le coin car mes parents avaient une résidence secondaire à La Chapelle-Montmartin. Je suis en quelque sorte un frontalier !

OS : Le journalisme est-il d’emblée une vocation pour le jeune Gérard ?

GB : Non. J’ai d’abord débuté par une formation dans le cinéma, à l’Ecole normale technique et artistique de Paris. J’ai même présenté en fin de scolarité un film que j’avais réalisé, à un jury dont le président n’était autre que Louis Gaumont, l’un des fils de Léon Gaumont, un des pionniers de l’industrie cinématographique. Puis il y a eu ce stage à l’ORTF, avec en particulier le journal télévisé pour lequel je m’occupais des dépêches. Ma bifurcation vers le journalisme date de cette époque, et on peut dire qu’elle s’est faite à travers les stages. Après mon service militaire, j’ai travaillé pour la presse écrite parisienne.

OS:  Comment en arrivez-vous à devenir libraire à Romorantin ?

GB : Cela correspond à la conjonction de plusieurs éléments. Dès la fin de mon adolescence, je me suis intéressé à mes racines. Ensuite, après la naissance de notre fille aînée, nous avons souhaité franchir le pas en venant nous installer en Sologne. Débute alors l’aventure de la Librairie de Sologne, franchement orientée vers le régionalisme. Mais attention, vers un régionalisme non politique. Je n’ai jamais revendiqué l’indépendance de la Sologne !


A lire dans Origine Sologne n°9

Philippe Louis-Dreyfus, coup de barre sur la Sologne

Philippe Louis-Dreyfus, coup de barre sur la Sologne

Qui aurait pu imaginer l’extraordinaire épopée du groupe multinational de négoce Louis-Dreyfus débutée dans la première partie du XIXe siècle par un jeune Alsacien, fils d’un important exploitant céréalier ? Aujourd’hui, certains descendants perpétuent un attachement affectif à la Sologne, en particulier Philippe Louis-Dreyfus, Président de Louis Dreyfus Armateurs. Si les océans jouent un rôle primordial dans la vie de celui-ci, la mer de verdure de notre territoire est aussi prégnante pour ce capitaine d’industrie.

Origine Sologne : L’Alsace est le berceau historique de votre famille. Que reste-t-il des Dreyfus de Sierentz, commune rurale des bords du Rhin ?

Philippe Louis-Dreyfus : A Sierentz, il demeure une place Dreyfus, sinon il ne reste plus rien sauf un sentiment profond  d’appartenir à un territoire fort et rigoureux. 

En effet, ma famille a quitté l’Alsace après l’annexion prussienne de 1871. Installée à Paris, c’est bien dans la capitale qu’elle a fait souche. Pour ma part, j’ai grandi dans le 8e arrondissement avec de fréquents allers-retours en Sologne, et non en Alsace…

OS : Votre aïeul, Léopold, débute très jeune son activité de négoce de grains à l’échelle européenne et constitue très tôt une flotte de bateaux pour le transport des céréales. Il diversifiera rapidement ses affaires. Quel regard portez-vous sur cet autodidacte visionnaire ?

Ph L-D : Une admiration sans borne pour un homme alors très jeune qui est parti de rien et qui était animé d’idées vraiment avant-gardistes. Il a inventé l’arbitrage, et créé un moyen de transporter les grains pour l’échange avec les pays limitrophes, puis d’un continent à l’autre, par voie maritime.

En restant sur l’influence familiale, vous n’hésitez pas à insister sur l’importance du patriotisme, civique, militaire et aussi professionnel. Le comportement héroïque de votre père, Pierre, officier en 1940, puis au sein des forces gaullistes, a très certainement joué un rôle capital dans votre éducation et cet attachement à la France.

Effectivement, avoir un père Compagnon de la Libération oblige. Mon éducation s’est faite dans le respect et l’amour de la France, de ses paysages et de ses valeurs. J’adore mon pays que j’ai eu l’honneur de servir sous l’uniforme en tant qu’officier de réserve, ainsi que dans le sport de haut niveau (Philippe Louis-Dreyfus a été champion de France de squash par équipes, et a été sélectionné universitaire en rugby).  

Voyez-vous, Singapour aurait été le site idéal pour y installer le siège social de Louis Dreyfus Armateurs (LDA), en raison de l’importance de nos activités en Asie. 

Mais j’ai pris la décision de conserver mon entreprise et ma résidence en France parce que c’est comme cela que l’on défend son pays. Je suis pareillement très attaché aux valeurs de la République. On peut ici parler d’un véritable héritage familial.

OS : Après votre expérience dans le milieu des banques d’affaires, qu’est-ce qui vous incite à prendre la barre de la branche maritime du groupe Louis-Dreyfus en 1996 ?

Ph L-D : Au tout début de ma vie professionnelle, j’ai commencé à travailler dans le groupe familial. Mais j’ai désiré prendre mon envol. C’est dans ce but que j’ai quitté notre groupe pour rejoindre le secteur bancaire, tout en conservant un pied dans le domaine des financements maritimes. Toute cette expérience m’a permis de comprendre les rouages du système bancaire et du monde des affaires en général, et m’ont naturellement servi dans les opérations financières en particulier.


A lire dans Origine Sologne n°7 [Septembre 2016]