Anne de Sauveboeuf, fille de la… terre et du feu

Les confins de la Sologne, un chemin au milieu des bois qui débouche sur des pâtures et un ancien corps de ferme habilement rénové, nous retrouvons Anne de Sauveboeuf, céramiste animalière, dans son univers tout à la fois champêtre et forestier. Cet environnement est tout sauf une lubie de citadine en mal de nature. Nous voici bel et bien dans le cadre familier et familial d’une artiste inconditionnellement attachée à la faune, à la flore et aux éléments.

Reportage Laurent Dubois

©  Laurent Dubois

Méry-es-Bois est pour Anne de Sauveboeuf une histoire de familles. « Mes parents s’y installent définitivement en 1969, ma mère était originaire du village, et j’avais l’habitude d’y passer mes vacances chez ma grand-mère. » Après des études à Bourges, en internat, Anne accompagne son mari Hugues à Paris, puis de nouveau à Bourges, avant de poser à son tour ses malles en terre solognote. De ses jeunes années, elle a conservé une véritable passion pour les animaux. « Petite, j’étais toujours fourrée dans les bois. Il n’était pas rare que mes parents me retrouvent couchée au fond de la niche du chien ! Dès que l’on rentrait de la moindre foire, je revenais avec un animal, une poule ou un lapin  !… »

Issue d’une famille de chasseurs « acharnés », Anne participe à ces rendez-vous sans y trouver la même passion. « Malgré un permis de chasse classique et un permis de chasse à l’arc, en ce qui me concerne, cela ne me fait pas vibrer. Un jour, alors qu’un chevreuil passait dans le secteur de tir de mon frère, je me suis surprise à crier « Va-t’en ! » Inutile de préciser que mon frère était furieux. Mais en revanche, je n’ai rien contre la pratique de la chasse… »

Anne débute la sculpture par la réalisation de bas-reliefs en pâte à sel, pour son plaisir. Autodidacte dans le modelage, les pièces s’accumulent, mais l’humidité de la maison d’alors les abîme irrémédiablement. En 1997, elle découvre une technique de cuisson japonaise : le raku. C’est une révélation. A raison de deux heures de cours par semaine, pendant une année, elle acquiert la méthode. « Je réalisais les sculptures à la maison puis, me rendais à La Borne, sur la commune d’Henrichemont, pour la cuisson. » Pour ses 40 ans, Hugues lui fabrique son premier four. « Du coup, je me suis lâchée de plus en plus ! » Ses amis la poussent à exposer, mais pour Anne, il en est hors de question. « Je ne voulais pas vendre. » Pourtant, lors d’un séjour sur l’île de Ré, Hugues présente ses sculptures à François Giraudeau, galeriste et frère de l’acteur Bernard Giraudeau. Celui-ci est enthousiasmé. Les œuvres d’Anne de Sauveboeuf font l’objet d’une exposition permanente pendant cinq années, et le succès est au rendez-vous. Aujourd’hui, c’est Patrice Bac, artiste animalier et également galeriste sur l’île, qui a pris le relai. Mais notre artiste est également présente dans d’autres galeries, ainsi que dans les salons d’art animalier d’Auteuil et de Bruxelles, à Marrakech, aux Invalides ou encore dans des expositions privées, à Paris, Nantes ou la Ferté-Beauharnais… Enfin, dans le Cher, elle propose deux rendez-vous annuels, dont les portes ouvertes à l’atelier solognot de Méry, au mois d’aout.

©  Laurent Dubois

« J’ai la chance de posséder un don pour la sculpture et le modelage. C’est inné. Je suis dans le réalisme mais travaillant sans modèle, j’y mets une large part de ma sensibilité. De fait, mes animaux sont plutôt sympas, gentils ! » Anne se fournit en terre chamottée auprès des Etablissements Baillet de Mehun-sur-Yèvre. « Cette terre est plus tolérante à la cuisson. La présence de grains de silice offre une meilleure résistance au choc thermique, principe de base du raku. » L’artiste travaille dans la masse. « Je modèle ma pièce à partir d’un ou plusieurs pains de terre puis, avant de la parfaire, je vais l’évider. Le but est d’éviter la présence d’une bulle d’air qui, à 400-500 degrés, ferait exploser la pièce. » Lors d’une cuisson, « on peut considérer que passé ces températures, l’œuvre est sauvée. » Mais avant d’entamer celle-ci, qui s’étale sur 8 heures en suivant des paliers jusqu’à la température de 980°, il convient de procéder au séchage à l’air libre de la sculpture.

©  Laurent Dubois

« La première cuisson permet d’obtenir une pièce biscuitée. Deux possibilités s’offrent alors : l’enfumage à vue ou l’émaillage. » Pour l’enfumage, la pièce incandescente est plongée dans une bassine, et recouverte de sciure de bois qui s’enflamme immédiatement. La pièce est roulée dans la sciure afin d’obtenir un enfumage plus ou moins marqué aux endroits choisis. « Pour l’émaillage, j’appose l’émail en deux ou trois couches. Une nouvelle cuisson est alors nécessaire afin d’arriver à 980°. En sortant la pièce à cette température, il se produit un choc thermique qui fait craqueler l’émail. La pièce chante. Elle est alors également recouverte de sciure de bois qui s’enflamme et provoque de la fumée. Celle-ci va révéler les craquelures, les parties non émaillées devenant quant à elles grisées. »

Le céramiste doit parfaitement maîtriser trois aspects primordiaux : la sculpture, la cuisson et les émaux. Anne de Sauveboeuf a atteint cette perfection. C’est à ce titre qu’elle n’hésite pas à partager sa connaissance et son savoir-faire, au travers de stages pour des groupes, auparavant au Maroc, et demain, en Andalousie.

De fille des bois, Anne est devenue par la force des choses fille de la terre et du feu !

www.desauveboeuf.com

contact@rakuanimalier.fr

Tél. : 02 48 73 63 44

Tél. : 06 80 73 60 50